L'histoire de la Réforme à Mulhouse

Mise en route de la Réforme à Mulhouse
et son évolution

On peut dire que la première approche date réellement de 1522-1523 et que les choses ont évolué progressivement. En 1518 déjà Pellicanus aurait approché le prieur de l'Ordre de Malte dans la chapelle St Jean2 - (les thèses de Luther datent du 31/10/1517 et le sermon de Zwingli à Einsiedeln le 15/9/1517 - où il était curé, puis il devint prédicateur à Zurich).- Cette révolte et celle de Luther furent la conséquence de la création d'indulgences19 aptes à effacer les péchés, monnayables et destinées à la fin de la construction de St Pierre de Rome ; elles furent instaurées par le Pape Léon X qui était un Medici, fils de Laurent le Magnifique. Les fonds récoltés étaient partagés entre le Pape (50 %), l'évêque et le desservant du lieu.

Le premier réformateur Mulhousien fut Augustin Kraemer2 qui avait fait un voyage à Rome en 1512 . Martin Brüstlein, lui, le héros de Pavie, Restaurateur à la Demi-Lune, combattit fortement Hütten et les deux factions s'opposent à Mulhouse. Mais ni Luther, ni Zwingli ne veulent la guerre2.

Zwingli introduit la Réforme en Suisse à partir du 19/1/1523. Brüstlein, lui sera exilé par la suite.

Hütten et Gamsharst ont réussi a partager les Mulhousiens en 2 camps : la majorité catholique et une minorité en phase avec la nouvelle manière d'interpréter la religion ; mais par attention on laissa encore persister la messe. Le premier Augustin donc en accord avec la nouvelle religion fut Augustin Kraemer qui fut le seul à parler du Nouvel Évangile dans ses sermons en langue vernaculaire à l'église St Étienne ; ses disciples cependant restaient honnis par le commun. Le pouvoir était dans les mains de la magistrature dont seul le Greffier de la ville avait juridiquement les connaissances nécessaires pour changer les choses et le pouvoir de le faire.

L'action de Prügner fut donc fondamentale (voir ci-dessus).

Le mercredi après le jour de la St Jacques (29/7/1523) un avis est placardé sur les lieux publics que seule l'action des pasteurs par leur sermon sur l'Évangile restait licite et son inobservance serait punie (cf annexes). Suivant l'habitude de l'époque seule la religion des dirigeants du lieu était acceptée et ainsi les croyances du greffier de la ville prédominaient sur toutes les autres et devenaient seules licites. Aussi le catholicisme fut-il interdit et la nouvelle croyance prit sa place selon le principe que le greffier de la ville est infaillible dans son autorité, car il est juriste et sa loi prend ainsi le dessus. Suit également un Édit contre la mauvaise vie et la sexualité débridée3.

En même temps Luther et Zwingli n'étaient pas du même avis et se sont opposés, car seul l'avis individuel de chacun était sensé être le bon. Gamsharst avait donc une position dominante et pu imposer ses vues et son avis.

En Avril 1524 eut lieu la première attaque contre la messe. L'usage de chantres ne fut plus autorisé. En réalité les biens de l'église devenaient désirables et cela détermina la fermeture des couvents des Franciscains et Clarisses. De même les biens des prêtres furent sécularisés. La suppression des servants de messe entraina de facto la suppression de certains offices. La Magistrature de Mulhouse refusa toute compromission avec l'évêque suffragant de Bale. Le droit de patronat passa en 1527 dans les mains de la ville et tous les offices se tinrent obligatoirement en Allemand.

L'ensemble des ordonnances10 porta sur :

Depuis le Pape Grégoire VII (1074) le célibat des prêtres était la règle ; le mariage des pasteurs devint la nouvelle règle2.

La messe fut supprimée le 7/9/1527 par Oekolampad à Bale.

Malheureusement un incendie « sélectif » de l'Hôtel de Ville supprima quantité de documents essentiels en 1551 à Mulhouse.

La ville de Mulhouse possédait 5 couvents qui devaient poser problème : comment les supprimer, expulser les religieux à défaut de les convertir et comment faire main basse sur leurs biens ! Ces établissements furent la commanderie des chevaliers de l'Ordre de St Jean, les chevaliers de l'Ordre Teutonique (qui ont la dépendance de l'église du lieu et quitteront la ville en 1527) ; les Augustins15 qui adopteront la Réforme (leur couvent fut fermé en 1529, Prügner devint prédicateur et le couvent devint un Hôpital.) ; les Cordeliers déchaussés (Carmes - Franciscains) dont le couvent fut fermé et le dernier moine Habermann se réfugia à Thann avec les documents du couvent ; les Clarisses ; et enfin la dépendance locale du couvent cistercien de Lucelle13, L'importance de ces couvent dans une ville d'environ 3000 âmes témoigne bien des problèmes démographiques de l'époque.

Seuls Cordeliers et Clarisses poseront problème.

Les Franciscains furent accusés de tous les maux, expulsés vers Thann et leurs biens confisqués. Le 2° dimanche de Carême 1529 les statues et vitraux furent détruits, le couvent pillé sous Achatius Behm – successeur de Gamsharst – et les restes des bâtiments devinrent alors l'église Ste Marie.

Les Clarisses furent soumises à diverses misères, affamées systématiquement, leurs biens volés et leur gestion soumise à la ville qui fit main basse sur elle et ce malgré que l'une des Sœurs (de Graffenried de Bern) était sous la protection de Bern. Gamsharst et la Magistrature se montrèrent sous un particulier mauvais jour et d'une cupidité détestable.

Tout ne se passa pas sans heurt et par moment les habitants qui étaient partagés en deux factions tentèrent de se révolter ; ils furent soutenus par Brüstlein, mais cela aboutit à son expulsion, et la vente de ses biens (il mourra en 1552 à Bale après un passage en France).

En fait il ne faut pas oublier que Mulhouse d'est allié à la Confédération depuis 1515 et qu'édiles et magistrats sont cooptés et non élus. Tous les documents importants de l'époque ont disparu (Incendie de 1551) ! Le pouvoir appartient en réalité à Gamsharst, farouche adepte du protestantisme. En fait nous possédons la copie d'un Édit de 1523 concernant la régulation des mœurs et qui concerne l'ivresse, la sexualité et autres signes de mauvaise vie. Il nous reste aussi les lois du mariage de l'époque4, qui sont très dures (mariage.heinis-jurascheck.com). cf :annexes

Nous retrouvons ainsi un mariage bigame, autorisé par Zwingli14 et Leo Jud (Nikolaus Lienhart avec Clara Brüstlein - 1525). En 1529 l'habitant Spiess est fait prisonnier (en terrain inviolable !) et décapité après un procès rapide. Il n'avait pas de protection et la Magistrature après une amende contre laquelle il s'était révolté le considéra comme un traitre. Elle avait tous les pouvoirs sans aucune des limitations, présentes habituellement en droit d'asile à cette époque.

Coté protestantisme les choses restent difficiles : Luther et Zwingli s'accablent mutuellement de tous les maux ; le prédicateur Binder soutenu par Oekolampad supplante Augsburger. Prügner a déjà quitté Mulhouse en 1526.

À cette époque Mulhouse était opposée à tout son voisinage qui lui était sous la coupe des Autrichiens de la Régence d'Ensisheim. L'adhésion de Mulhouse à la Confédération depuis le 19 janvier 1515 n'arrangeait pas non plus les choses (notons que le Maire de Mulhouse Lorentz Jordan (1506-1515), à la tête d'un contingent de 90 hommes, fut tué en septembre à la bataille de Marignan la même année). Le pasteur de Brunstatt18, chapelain de St Etienne à Mulhouse fut capturé par les Autrichiens et décapité à Ensisheim ; le curé d'Illzach R. Link en 1527 de même2.

Les cantons Suisses catholiques réprimandent Mulhouse en 1524, mais la ville ne l'accepta pas et ainsi la ville devint une ennemie des Autrichiens et des cantons catholiques.

Un élément majeur des campagnes d'Alsace en 1525 ne peut être disjoint des évènements qui ont influencé la ville : « la guerre des Paysans du Bundschuh ». Mulhouse était affiliée aux Cantons Suisses et n'en a pas été affectée ; mais toute la région alentour a été atteinte ; Battenheim, Rixheim et Habsheim sont concernés par les bandes de Heinrich Wetzel. Des députés Suisses y ont séjourné à leur contact. De plus la proposition des « 12 articles » montrent l'influence de la Réforme sur les paysans (Élection des pasteurs, prééminence de la Bible, abolition de certaines redevances et taxes) Mais ce qui s'était passé à Mulhouse avait laissé ses traces ; ainsi il est peu probable que les destructions occasionnées par les troupes des Confédérés à la guerre des 6 Deniers de 1468 n'aient pas influencé les Sundgoviens de laisser la Confédération en dehors des évènements. Après la guerre Mulhouse accueillit certains des chefs des paysans en fuite ; elle fut d'ailleurs accusée de l'avoir provoquée en partie.

Le 16/5/1526 eut lieu2 une Discussio à Baden16 entre le Dr Eck et Oekolampad, Mais Zwingli, invité, n'y assista pas (Il y fut condamné « in absentia »). Des mulhousiens seront présents: le Maire Achatius Gilgauer, ancien de Marignan, le greffier Oswald Gamsharst, les pasteurs Augustin Kraemer et Johannes Glather ; n'oublions pas que la première Discussio avait eu lieu à Leipzig2 en 1519 entre Eck d'Ingolstadt et Luther et Eck en fut alors déclaré vainqueur.

Entre temps Prügner a du quitter Mulhouse et est remplacé par Otto Binder, Jakob Augsburger et Bernhard Römer2. L'office religieux est transformé par suppression du latin, le sermon devient prépondérant et la communion, moins fréquente est donnée sous les deux espèces2.

En 1528 une Conférence des Protestants eut lieu à Bern avec Zwingli et Oekolampad ; 600 prédicateurs y assistèrent. (Mulhouse y envoya Hiltoch, Augsburger et Gschmuss ). Celle-ci déclara Bern ville protestante et installa, selon une suggestion de Strasbourg datant de 1524, une alliance des villes protestantes (3 moutures successives furent nécessaires) dénommée «das christliche Burgrecht» qui définit la séparation et l'autonomie des villes protestantes. Celle-ci devait contrecarrer les régions catholiques et l'Empereur Romain (?). Mulhouse aidée par Zwingli y adhère le 17/2/1529.

Les catholiques firent de même, s'unirent et le tout aboutit à une guerre de religion entre Cantons Suisses. D'abord des églises catholiques et les couvents furent pillés et détruits ; Mulhouse participa à cette guerre et y perdit des hommes et sa bannière. La première bataille de Kappel fut gagnée par les protestants (1529) et les catholiques durent payer une forte somme. Puis les choses s'envenimèrent et les catholiques subirent un embargo alimentaire qui détermina une guerre ouverte. Les catholiques beaucoup plus nombreux livrèrent bataille aux Zurichois à Kappel (11/10/1531) ; celle-ci fut sanglante et dans cette boucherie Zwingli y perdit la vie ainsi que 50 Mulhousiens. Lors de cette bataille au Zugerberg les protestants furent écrasés et leur armée liquidée. Mulhouse y participa avec 68 Hommes provenant des guildes des tailleurs, bouchers, vignerons, boulangers, forgerons et agriculteurs et dut payer 400 couronnes comme amende. Enfin le « Landfrieden » fut respecté.
En 1534 Mulhouse et Strasbourg signèrent l'Acte de Foi de Bale2.

À distance la guerre de 1587 déclenchée par 4 villes réformées : Bale, Bern, Zurich et Schaffhouse contre Mulhouse (3000 habitants à l'époque) aboutira au massacre sanglant de la ville par 2600 guerriers mercenaires. Elle fut déclenchée sous prétexte que les habitants voulaient plus de liberté religieuse ! Ainsi les catholiques perdirent droit de cité à Mulhouse et ne purent plus que venir y travailler le jour.
La première approche du protestantisme à Mulhouse fut Luthérienne. Mais très rapidement, du fait de l'adhésion à la Confédération en 1515, l'agissement du Greffier Gamsharst et les contacts avec Bale firent basculer Mulhouse dans le camp de Zwingli (1884-1531). Jean Calvin (1509-1564) avait quitté l'église romaine en 1530 et ne fut à Genève qu'à partir 1536 ; il en fut exilé en 1538 ; il séjourna à Strasbourg de 1538 à 1541 où il se maria; puis fut rappelé à Genève en 1541.

Les réformateurs furent en grande majorité des clercs, souvent des moines. Dans une époque de rupture de traditions, l'intégrisme et l'intolérance à tout ce qui est différent devient souvent un refuge pour ceux qui ne témoignent pas d'une force de caractère exceptionnelle. De même une conviction individuelle fondamentale, novatrice, ne tolère que difficilement une vision différente et passéiste d'un contemporain. Et la prise du Pouvoir aboutit ainsi facilement à un espace dictatorial entre les mains d'une Magistrature qui a remplacé le suzerain. Un édifice millénaire fera place à une vision individuelle qui inventera nécessairement de nouveaux rites et dogmes.